Retour sur la 15e soirée de Tout le Monde UX: Le UX et l’Agile
Par Pascale Morneau
16/04/2014
Pour la 15e édition de Tout le monde UX, le choix du sujet s’est arrêté sur les méthodes Agile et Lean UX. Nous voulions d’abord nous mettre au diapason de ce qu’est l’Agile exactement et en quoi cela consiste. Nous désirions également en savoir plus sur l’approche à adopter en tant que professionnels du UX qui se joignent à des processus agiles.
C’était les tropiques dans les locaux de la Coop Ecto. Le soleil, les gens et les échanges étaient au rendez-vous. Voici ce qu’avaient à nous partager nos conférenciers Jean-François Proulx (ergonome, concepteur UX et agiliste), Étienne Garbugli (consultant en ergonomie et auteur du livre Lean B2B) et Jan-Nicolas Vanderveken, Cynthia Savard Saucier et Issam Heddad (agence TP1).
UX Agile, par où commencer?
Jean-François Proulx nous présente les grands principes du UX Agile.
Quatre grandes valeurs définissent l’Agile :
— Les individus et leurs interactions.
— Les logiciels opérationnels.
— La collaboration avec les clients.
— L’adaptation au changement.
Ces quatre valeurs sont ensuite déclinées en 12 principes qui posent un cadre de pratique.
En travaillant de façon agile, l’équipe comprend qu’elle doit livrer un projet complet, mais qu’elle doit le décomposer en plusieurs petits morceaux pour y arriver plus rapidement. Les scénarios utilisateurs servent à décomposer ces morceaux de façon stratégique pour l’équipe et le client.
Par exemple, le client qui a commandé une voiture va d’abord recevoir une trottinette fonctionnelle, plutôt qu’une pièce de voiture dont il ne pourra pas se servir. Ensuite, il recevra une bicyclette, puis une moto et finalement, la voiture qu’il a commandée. Ce principe du produit minimal viable comporte plusieurs avantages.
En effet, le client pourrait réaliser qu’il est tout à fait satisfait avec une moto plutôt qu’une voiture, par exemple. Le produit minimum viable permet aussi d’unifier la vision globale que l’on a pour le produit final, car tout le monde doit s’entendre sur ce qui est indispensable.
Comment le designer UX devrait-il s’intégrer au mode Agile? Selon Jean-François, il faut répondre à plusieurs questions pour intégrer l’Agile au UX. Il faut savoir à quels moments les scénarios utilisateurs seront définis, qui va réaliser l’itération et ce qui sera livré. Plus en amont, il faut aussi être conscient des raisons pour lesquelles on adopte ce processus. Pour cette dernière question, la réponse semble facile: pour créer de la valeur.
Intégrer l’Agile au UX permet de créer de la valeur, car le responsable UX est le gardien de la vision. Ses choix doivent cependant être cohérents avec cette vision et il doit sans cesse se demander si le futur imaginé par l’équipe est toujours le bon. Le rôle du UX dans un processus Agile est vraiment de s’assurer que l’on produit de la qualité.
L’Agilité comme avantage compétitif
De son côté, Étienne Garbugli, avec sa propre expérience, illustre l’avantage compétitif d’adopter la méthode Agile.
Il avait comme projet de démarrer sa propre entreprise (Flagback). Avec trois associés, il a conçu le système applicatif presque au complet, avant de se rendre compte que le projet ne pouvait être lancé sans y ajouter certaines fonctions indispensables à sa réussite. Il leur manquait deux mois pour faire ces ajouts, mais ce n’était plus possible pour l’équipe de poursuivre le projet. Étienne est persuadé qu’ils auraient pu ajuster le tir rapidement et accomplir le projet s’ils avaient travaillé avec la méthode Agile.
Il pleure intérieurement chaque fois qu’il voit des messages de Notable, une application très semblable à ce qu’il désirait faire et qui est utilisée par un de ses clients.
«Vous connaissez John Boyd?» nous demande Étienne. Non. John Boyd, c’est un pilote de chasse et instructeur pour l’armée américaine des années 50. Il était surnommé 40 second Boyd, car il pouvait démarrer en position désavantageuse et battre n’importe quel autre pilote en moins de 40 secondes, pour se retrouver en position avantagée. Pour conceptualiser sa technique, Boyd a inventé la Boucle OODA.
Il s’agit d’observer, de s’orienter, de décider et d’agir pour se surpasser. Observer signifie de prendre conscience du contexte qui nous entoure et de l’action en cours. S’orienter implique de mettre en relation nos différentes connaissances acquises et celles de nos collègues. Décider, c’est poser une hypothèse en faveur d’une initiative, pourvu que l’on passe à l’action. Enfin, agir consiste à tester cette hypothèse en la réalisant.
La boucle OODA ressemble au processus Agile, qui permet les livraisons continues pour construire un logiciel (par exemple) qui est déployé dans l’environnement de production à tout moment.
Par ailleurs, de jeunes entreprises à succès comme IMVU et Wealthfront utilisent le mode Agile pour faire jusqu’à 30 mises à jour de leurs applications quotidiennement.
Étienne présente le Lean UX, qui est conceptualisé par une boucle ressemblant fortement à la OODA de Boyd.
Le Lean UX s’inspire du Lean Start-up et du développement Agile. La grande différence du Lean UX d’avec le UX Agile, c’est qu’il met moins l’accent sur les livrables finaux. Il existe tout de même des livrables, mais il peut s’agir de nouvelles connaissances ou de compréhension commune pour l’équipe.
Étienne conclut sa présentation en mentionnant les deux grands avantages du Lean UX à ses yeux, soit la réduction de la distance entre les entreprises et les utilisateurs finaux, et l’économie de temps.
La méthode Agile en entreprise
Jan-Nicolas Vanderveken, Cynthia Savard Saucier et Issam Heddad de l’agence TP1 nous ont fait le récit de l’implantation du Agile chez eux.
Cynthia nous fait d’abord réaliser à quel point le client semble parfois avoir une vision précise pour un projet. Designers, développeurs, UX et mandataires ont souvent aussi un portrait en tête. Cependant, toutes ces représentations ne s’alignent pas toujours bien, ce qui peut mener à un désastre. À force d’échanges fréquents, l’Agile permet de former une vision commune.
Même si Cynthia voit aujourd’hui tous les bénéfices de l’Agile, elle n’a pas trouvé la transition facile. Selon elle, la créativité a besoin de temps, d’étincelles, d’un environnement favorable et de liberté. Le mode Agile ne permet pas toujours ce contexte de création.
Jan-Nicolas affirme d’ailleurs que l’implantation réussie du mode Agile n’a rien de magique. Ce n’est pas une science exacte et ça prend du temps. Selon lui, la personne UX est en bonne position pour favoriser la mise en place de la méthode.
Pour Jan-Nicolas, un des avantages majeurs de l’agilité est la relation qui se tisse entre les membres de l’équipe multidisciplinaire. Par contre, les experts d’une même discipline échangent un peu moins entre eux. Certains clients adhèrent mieux que d’autres aussi à la démarche Agile. De façon générale, le cofondateur de TP1 trouve plus d’avantages que d’inconvénients.
Cynthia cite l’oncle de Spiderman (vous avez bien lu) qui a dit: «Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités». Elle explique qu’elle a maintenant beaucoup plus de contrôle sur l’expérience et même, la main mise. Cependant, elle est franchement plus imputable du résultat et elle doit être en lien constant avec l’équipe de production.
Autre particularité un peu difficile parfois pour les designers UX: l’agilité nous force à nous concentrer sur une partie de l’expérience à la fois. Au lieu de réaliser une grande recherche UX comme auparavant, ils en font maintenant plusieurs petites.
Issam, quant à lui, a remarqué que le travail en plus étroite collaboration avec le client change les attentes de ce dernier: «Plus on travaille avec le client, moins il s’attend à des présentations». Issam aime que le client passe d’un état plus passif à l’implication active dans le projet.
Pour l’équipe de TP1 comme pour Étienne et Jean-François, l’avantage du UX Agile est la proximité et l’interaction entre les membres de l’équipe et avec le client.